Présentation du roman





Teaser du roman


Le personnage principal vient de changer de travail. Il arrive dans une nouvelle ville, Bordeaux, où il ne connait personne. Nous découvrons peu à peu son parcours dans l'entreprise,  environnement qui donne l'apparence d'un milieu tempéré et rationnel. Enfin, en apparence...
Afin de faire de nouvelles rencontres, de créer le fameux "lien social" décrit par les sociologues, notre héros s'initie aux rencontres sur internet. Univers d'illusions, d'incertitudes... et de bifurcations. Là aussi, le choix dans cette multitude est loin d'être rationnel.


Ce roman se veut le reflet de notre époque, fait de liens qui se créent et d'autres qui se rompent. Roman drôle et juste à la fois, son originalité réside dans la mise en parallèle entre la prise de décision en entreprise  et celle liée à la recherche amoureuse.  
Vous ne voyez pas de point commun ? Alors venez lire les extraits. Vous trouverez des liens avec des images, de la musique, des vidéos qui vous permettront de vous immerger encore un peu plus dans l'histoire (je vous conseille par exemple de cliquer  sur "Tariquet", "majestueux dix-huitième" ou bien sur "Obsession" présents dans l'extrait : Rencontre... (1/3) )


Le livre est disponible sur
Alapage et sur Amazon.

Site des Editions Amalthée :
 
www.Editions-Amalthée.com
Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 21:43

Tu agites tes mains, tu parles vite, tu poses des questions directes et intrusives. Des questions qui mériteraient un temps de réflexion. Mais tu es pressée, et après trois phrases déjà tu interroges de nouveau. Tu apparais vive, énergique. Visiblement ce petit jeu mondain t'amuse beaucoup. Je dois te l'avouer, Angèle, je me suis trouvé mal à l'aise, peu habitué à me dévoiler aussi rapidement.

 

Je remarque tout de même, par le langage de ton corps gracieux qui me fait face, la marque d'un certain intérêt. Les mots échangés, la curiosité réciproque, l'attention à l'autre, tous ces signes sont sans équivoques. Mais je perçois aussi ton désir de garder le contrôle. Pressée, tu ne te donnes pas le droit à l'échec.

 

Angèle, créer une belle relation, c'est avant tout s'aventurer sur le terrain de l'intime, c'est dire ce que l'on ressent vraiment sans avoir peur du jugement de l'autre.

Aller, Angèle, n'aie pas peur de créer ce lien, et laisse toi tenter par l'aventure.

L'aventure de notre prochaine rencontre.

Par thomas dellart - Communauté : Relations amoureuses
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Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 23:49
Cécile a 36 ans, un enfant, un travail qui lui plait et qui lui assure une bonne reconnaissance sociale. Elle a beaucoup de charme et elle le sait. A la ville, c’est donc une jeune femme autonome et épanouie. Malgré tout, elle se sent déjà concurrencée par plus jeune et plus ingénue. Elle dit ne plus croire au grand amour, mais secrètement, elle l’espère encore. Cécile mesure le temps qui passe, n’a plus envie de se battre. Pour la première fois, Cécile doute.



5.


5h05. Je sors dans la rue, il fait frais. Cet air vivifiant me rappelle ma première soirée avec Cécile. Les passants que je croise ne s’en rendent sans doute pas compte, mais le simple fait de me remémorer ce moment me donne un sourire béat.

Nous nous étions donné rendez-vous devant le Hérald’s, près de la place du Parlement. Cet établissement offre l’avantage de faire à la fois bar et restaurant, ce qui permet, en cas de rencontre digne d’intérêt, de basculer naturellement de l’un vers l’autre. Je l’attends depuis une dizaine de minutes. Mon portable sonne. « Comment, tu ne t’avances même pas pour venir à ma rencontre ? ». Malgré la petite photo sur le site, j’ai du mal à la reconnaître. Si, là bas, une jeune femme vêtue d’une robe blanche assez courte déploie ses longues jambes. C’est elle. Je lui fais un signe. Voilà, nous sommes tout près l’un de l’autre maintenant. Blonde comme la paille sous le soleil, elle a les yeux bleus très clairs, couleur d’eau. La taille fine et bien marquée, une jolie chute de rein, elle est encore plus agréable à regarder que je ne l’imaginais. Je l’accueille par un sourire, puis je l’embrasse sur la joue. Je la sens un peu tendue, sur la défensive. Ce doit être la première fois qu’elle rencontre un garçon à partir de netiic. Elle semble ne pas vraiment assumer le fait d’être là ; de voir quelqu’un de cette manière. Nous rejoignons le bar. Elle marche droit devant elle, tout en me reprochant mon assurance. Elle me jette un regard en coin, comme si j’étais une bête curieuse, comme si elle essayait de déterminer si je devais être traité comme un animal inoffensif ou bien comme un prédateur.

Je la rassure en lui souriant, le sourire le plus doux que je puisse faire. Puis nous entrons. Le H est plutôt calme en cette fin d’après-midi. La décoration est contemporaine, avec des lignes aux arrêtes vives et des couleurs pastels. Nous nous installons sur les hauts tabourets du bar, un peu à l’écart des quelques garçons qui essaient de distraire une étudiante américaine assise sur un fauteuil d’un vert acidulé. Le premier duel est d’abord visuel. Elle baisse les yeux, puis soutient mon regard. Mes yeux parcourent son visage, ses pommettes hautes, l’arête parfaitement droite de son nez, l’arrondi de ses lèvres, ses paupières rehaussées d’un trait de mascara. Assise en hauteur, sa robe laisse apparaître le doux galbe de sa cuisse qui s’effile jusqu’au genou.
Le barman nous propose un verre de Tariquet frais.
Comme toujours, nous commençons par échanger des banalités. Il est difficile de trouver dans le réel la complicité que nous avons eue sur le net. Elle me bombarde de questions ! Elle me demande comment cela se passe d’habitude ; elle m’imagine comme un vieux briscard de la rencontre, et je me garde de la contredire complètement - créer une situation de rivalité est un moteur de la séduction particulièrement efficace. Je lui donne des réponses ambiguës, je contrecarre la moindre de ses objections, je la fais rire…
Par thomas dellart
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Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 23:48
Finalement, nous décidons de rester dîner. La partie restaurant prend place sous des voûtes dix-huitième créant une atmosphère particulièrement romantique. Nos regards se croisent, mais elle ne cherche pas à le soutenir. Cette attitude de timidité lui donne beaucoup de charme. Je lis dans ce regard une pointe de doute, comme une hésitation. La peur de ne pas plaire ? Elle a besoin de combler le silence de paroles. Je la laisse donc parler. Visiblement, elle veut passer pour une femme qui a la tête sur les épaules, qui ne se laisse pas emporter par ses émotions. Mais la situation appelle au contraire à une attitude de séduction, à jouer et provoquer un peu. J’imagine sa tension intérieure : elle ne veut pas passer pour une fille facile, veut sauver les apparences. D’un autre côté, sa force vitale piquée par le désir la pousse sur des sentiers inconnus. Pour l’amuser, je lui raconte de précédentes rencontres un peu cocasses. Elle s’épanche un peu, et la conversation devient plus intime. Elle me parle de sa dernière histoire, avec un homme qu’elle considère comme un Don Juan. Je lui demande alors ce que représente pour elle ce personnage chargé de symboles.
Elle me le décrit alors comme quelqu’un qui consacre tout son temps et son énergie à séduire. Il ne peut voir un morceau de peau, une cheville sans chercher à conquérir la belle. Mais il n’est jamais satisfait ; il porte en lui une image féminine idéale qu’il ne peut trouver, et dont la recherche devient une quête sans fin. Malgré tout, cet idéalisme et ce côté insaisissable lui donnent beaucoup de charme… Pour elle, Don Juan est avant tout un héros romantique. Bien que séducteur insatiable, il sait mettre en valeur le charme de chacune et faire en sorte que toute femme se sente précieuse. Je lui expose mon interprétation, plus proche de celle de Molière, pour qui Don Juan est un égoïste cynique. Hypocrite, calculateur, orgueilleux, il possède l’art de manipuler tous et toutes, il séduit par le discours pour faire céder la femme qu’il désire. Celle-ci perdant alors tout intérêt à ses yeux, il la délaisse pour une nouvelle proie à conquérir. Ce Don Juan va ainsi de femme en femme, obsédé par l’esprit de conquête et en même temps effrayé à l’idée qu’une seule puisse lui échapper. Ces emballements à répétition ont le don de l’enivrer. Finalement, il ne maîtrise rien. Il est lui-même l’instrument de sa propre séduction. Il subit les événements, et à trop promettre, ses maîtresses vont se retourner contre lui, puis il va finir par faire l’objet de l’opprobre général. J’aime bien l’interprétation de Molière, car il le définit aussi dans son rapport à la société. Bien sûr, en recherchant le plaisir et la jouissance de l’instant présent, Don Juan est soumis au bon vouloir des femmes ; mais il va aussi constamment s'opposer aux contraintes et aux règles sociales, morales et religieuses. Il est finalement rejeté, ce qui permet aux bien-pensants de renforcer les règles de la bonne moralité.

Don Juan est un bouc émissaire idéal.

Elle agite ses mains devant elle comme pour se donner une contenance. Mais je vois bien que son empressement est un peu forcé. Je lui touche deux doigts, puis je lui prends la main tout en parlant. Le toucher du grain de sa peau est particulièrement agréable. Elle est un peu gênée de cette intimité aussi soudaine, puis elle parait apaisée, comme si ce contact avait permis d’évacuer son trop-plein d’énergie.

Je sens pendant le dîner qu’elle se laisse aller. Je lui passe les doigts dans les cheveux, je remonte la mèche blonde qui s’est échappée. Elle s’agrippe à ma main. La serre fort. Je ressens une réelle attirance. Je continue de parler. De quoi ? Je ne sais plus… quelle importance ?

Nous sortons de table. Elle m’embrasse en me remerciant. Je la prends par la taille, j’approche mes lèvres… je l’embrasse sur le bord de la joue, sur la peau fine, tout près de l’oreille. Nous voilà sur la place du Parlement, à la symétrie si particulière. La fontaine au centre donne un côté dolce vita italienne qui dénote un peu avec le style majestueux dix-huitième des bords de Garonne.
Nous marchons, sans destination précise. Le tissu blanc de sa robe met en valeur la peau bronzée de ses jambes, laisse imaginer la rondeur de ses hanches. En marchant dans son sillage, je perçois les fragrances orientales et épicées de son parfum. Je reconnais l’odeur envoûtante d’Obsession.
Par thomas dellart
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Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 23:47
Après avoir pris la rue des Piliers de Tutelle, nous nous retrouvons devant le Grand Hôtel de Bordeaux au style classique, majestueusement restauré. Le Grand Théâtre est à notre droite, avec le cours de l’Intendance sur notre gauche.
- Tu sais, j’adore cette perspective. L’espace qui met en valeur les volumes, les variations d’ocres de la pierre, la perspective donnée par les Allées de Tourny, tout est parfaitement équilibré.
- Je vois, nous sommes place de la Comédie. Je comprends mieux maintenant ton pseudo, très cher Comédie !
- Ce qui me plait particulièrement, c’est le côté symbolique de cette place. On voit là l’influence de la philosophie des lumières : la ville a voulu montrer son opulence et son pouvoir non plus par une construction militaire ou religieuse, mais par un lieu de culture… A tel point qu’à cette époque, la France faillit basculer girondine !
- Toi, toujours en train de philosopher. Ne pourrais-tu pas mettre tes neurones en veilleuse quelques instants ?
Elle glisse alors sa main dans la mienne. Nous poursuivons en direction des Quinconces, laissons la fontaine des Girondins sur notre gauche, puis continuons sous les platanes. Nous nous retrouvons devant la statue de Montaigne dont le socle est couvert de mousse et de mauvaises herbes. Manifestement, Montaigne est bien le dernier monument qui ait échappé à la tornade de restauration de la ville. Je me rappelle alors ces quelques mots du sage homme.
« Un parler ouvert ouvre un autre parler et le tire hors, comme fait le vin et l’amour ».

Cécile se jette alors sur moi et m’embrasse longuement, avec pour seul témoin le croissant doré de la lune.

Elle n’habite pas très loin, rue de la Course, juste derrière le jardin public. Nous montons chez elle. C’est un appartement au premier étage, avec une belle hauteur sous plafond, un mur en pierres apparentes, du parquet au sol. Elle entre dans la cuisine nous chercher quelque chose à boire, je reste dans le salon et attends son retour. Je parcours sa bibliothèque. Quelques livres anciens, beaucoup de romans, des livres sur le bien-être. Tiens, je vois que nous avons un autre point commun : « Le Traité des caresses » du docteur Leleu. Mon livre de chevet, avec la Bible - contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces deux livres ont beaucoup de points communs. Je prends le volume dans mes mains et le feuillette. Je tombe sur une page écornée au chapitre sur l’état de réciprocité. Mon passage préféré. Je le trouve tellement juste. « Toujours vous courez…Arrêtez-vous, arrêtez la folle fuite en avant. Posez-vous. Ecoutez, écoutez-vous. Ouvrez-vous. Ouvrez vos sens à deux battants. Sortez toutes vos antennes. Oubliez vos soucis. Laissez derrière la porte : patron, chef de service, factures, U.R.S.S.A.F., formulaires. La vie, c’est plus précieux que ces tracasseries. Plus vraie. Plus dense. Plus chaud. Existez ici et maintenant. Laissez le passé au passé, le futur au futur. Vivez dans l’instant. Plus rien ne compte que les palpitations de votre cœur-corps. C’est votre vrai « vous ». Ce n’est pas le pantin social qui s’agite tout le jour. Soyez vous, rentrez chez vous. »
Ou encore, un peu plus loin : « Goûtez la main qui effleure votre peau. Savourez la peau qui frémit sous vos doigts.
Celui qui caresse doit jouir de ses propres sensations tactiles ; détailler les qualités de la peau sous ses doigts : douceur, chaleur, granité, onctuosité, frémissements, magnétisme. Il doit être à l’écoute de sa partenaire avec son toucher, ses oreilles, ses yeux. Il faut être très attentif pour percevoir les réactions non verbales. »
Elle me voit, regarde le livre ouvert, puis avec un air coquin me demande si je veux passer à la pratique …
Je sens sa chaleur dans ma bouche, son corps tout contre le mien. Elle me renverse sur le canapé. Ses baisers sur mon torse sont si doux, doux comme la peau satinée de ses cuisses que je trouve tout de suite sous ma main. En quelques mouvements, elle s’est dévêtue ; je peux admirer avec délectation son buste qui semble avoir été sculpté dans le marbre, le galbe parfait de ses hanches, l’arc de son ventre déjà frémissant. Je goûte à chaque parcelle de cette peau qui m’est offerte, soudainement, sans retenue. Elle prend ma main et commence à lécher mes doigts un à un, délicatement. Décidément, la jeune femme timide que j’ai rencontrée quelques heures plus tôt a retrouvé toute sa hardiesse. Et puis une certaine expérience de la torture la plus agréable qui soit.

Je revois les images défiler, comme si je revivais le moment. Ce petit matin où elle m’ouvrit la porte, seulement couverte d’un voile blanc et de sa pudeur, où elle porta sa main à la bouche et me souffla un baiser accompagné d’un sourire.
Cet air vivifiant qui me rappelle ma première soirée avec Cécile. J’arrive à la gare juste à temps pour prendre le train pour Paris. Ce week-end, la formation continue.
Par thomas dellart
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Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 23:44
Lorsque je suis arrivé à Bordeaux, je ne connaissais personne. Comment se créer rapidement un nouveau réseau de connaissances, créer ce fameux lien social longuement décrit par les sociologues? De prime abord, je ne suis pas particulièrement doué pour ce genre d’exercice. Parler de la pluie et du beau temps, comme cela, de façon directe, à cette inconnue aux longues jambes bronzées, en train de feuilleter les dernières nouveautés au rayon Ressources Humaines de  la librairie Georges - oui, je vous l’accorde, ce haut lieu culturel est fort bien fréquenté. Mais non, décidément, ce n’est pas mon truc. Sur les conseils d’une amie, je me suis donc inscrit sur un site de rencontre par internet: netiic. Tout bien regardé, le virtuel présente de gros avantages: il permet d’entrer en contact, confortablement installé chez soi, un verre de Loupiac à la main, tout en écoutant Hélène Grimaud jouer une berceuse de Chopin. Il n’est pas nécessaire de se raser, de réfléchir à comment s’habiller, de passer en revue ses petits défauts devant le miroir et tenter de les masquer, d’essayer de jouer un rôle… [...]

Derrière ce torrent d’annonces, de bouteilles jetées dans cette mer virtuelle, transparaît un sentiment de doute. Doute sur sa faculté à nouer des relations authentiques, doute sur sa capacité à être écoutée, reconnue, respectée, et finalement séduite. Et puis du ressentiment. Derrière chaque pseudo, se cachent un destin, une histoire, une trajectoire singulière. A la lecture de certaines fiches, on peut imaginer une ou plusieurs expériences qui visiblement ont laissé des traces. Et ce passé est encore bien présent.
Enfin, on trouve aussi beaucoup d’espoir. Après l’appréhension liée aux premiers échanges, l’idée d’afficher ouvertement sa recherche de rencontres devient peu à peu acceptable. Le fait d’être là représente déjà un formidable espoir: nous sommes tous encastrés dans des rouages, une mécanique en mouvement qui nous stabilise mais aussi nous contraint. Etre sur ce site reflète l’espoir de quelque chose de nouveau, de laisser une petite place à l’incertitude. Ressentir la montée d’adrénaline que l’on peut connaître en montant dans le TGV, et en essayant d’imaginer l’inconnue à côté de qui l’on aimerait être placé. Etre ici, c’est garder espoir. D’une rencontre, et peut-être, qui sait, d’une relation. Comment définir cette relation entre deux êtres qu’est un couple? Voilà une grande question. Une union? Une fusion? Un partenariat? Le couple est sans doute la plus commune des organisations humaines, la plus ambiguë aussi. Simple en apparence, mais déjà si complexe. Vient un jour où l’on finit par comprendre qu’un couple, comme toute organisation, se construit à partir des frictions. Un couple est une corde sous tension. Accepter cette tension est finalement ce qui l’enrichit et lui permet d’évoluer.

Sans l’avouer, netiic remplit une nouvelle fonction sociale: étape de transition entre deux états accouplés, la facilité des rencontres permet de réapprendre à détecter les signes. En les multipliant, les échanges développent nos tentacules invisibles, appellent à de nouveaux échanges. Mais derrière cette quête, se cachent des personnages aux facettes bien différentes.

Tout d’abord, il y a la femme qui a une idée bien arrêtée de ce qu’elle cherche. Avec la froideur de l’ingénieur, elle s’est mise en tête une véritable check list. Et si l’homme qui se présente a le malheur de ne pas correspondre à tous ses critères, il est éliminé irrémédiablement. Cette population peut être facilement détectée par l’annonce. Celle-ci est rédigée en négatif; elle précise alors les critères rédhibitoires (l’âge, la taille, le nombre d’enfants, les études, le salaire, …). Ce type de femme, trop préoccupée d’elle-même, croit encore au prince charmant. Elle est souvent jeune, c’est pourquoi j’appellerai ce segment le marché duneuf. Mais le critère de l’âge n’est pas vraiment pertinent. Même avancée dans la vie, ayant connu des expériences multiples, cette technocrate de l’amour continue à croire en l’illusion d’une moitié qui l’attendrait quelque part.

Puis il y a la femme déjà en couple, un peu coquette, qui recherche les aventures. Peut-être pour se rassurer sur son pouvoir de séduction, longtemps mis en veille, ou bien pour réveiller le désir qui sommeille en elle. Soucieuse de son statut, elle ne souhaite pas remettre en cause sa situation actuelle, plutôt confortable. Cet artisan de l’amour, ne voulant pas rompre avec ses habitudes, se repère à la discrétion de sa fiche. Pas de photo, annonce très sobre, pas d’indication de taille ni de poids, mais seulement la couleur des cheveux et un «agréable à regarder» pour -tout de même- aguicher les hommes. Ce segment correspond bien entendu au marché de la rencontre de courte durée.

Enfin, reste la femme qui a déjà connu l’expérience de la vie de couple, la phase idyllique, puis l’enfer de la relation fusionnelle. Les premières expériences ont permis de faire disparaître toute la naïveté des débuts. Maintenant, place à la découverte. Elle a bien mesuré le prix de sa liberté, constaté toute l’imperfection des hommes, et a renoncé à vouloir les changer. Elle est établie socialement, mais pas encore blasée, familière de l’homme, mais toujours curieuse. Véritable esthète, cette âme d’artiste est en quête d’une relation authentique, faite d’humour et de bons moments partagés, bref d’échange sans domination. Initiée sexuellement, elle met la pratique amoureuse à sa juste place, c’est-à-dire à la première. Etant moins sensible aux apparences (souvent trompeuses) la seconde main ne tourne pas autour du pot. Comme le marché de l’art qui s’apprécie avec le temps,le marché de la seconde main est un marché de connaisseurs où se cachent bien des trésors…

Chacun cherche -espère- le coup de baguette magique qui provoquera le flash, l’émoi d’un instant, la rencontre semblable à deux atomes de charge opposée qui entrent en collision puis créent une liaison électrique, prélude à un nouvel équilibre. Les échanges par messagerie participent à cette illusion d’un monde fluide, totalement flexible, modelé par des critères rationnels. Les possibilités de chat sont multiples et simultanées, à l’image de l’univers de Borges. Dans le monde réel, chaque fois que diverses possibilités se présentent, on en adopte une et élimine les autres; dans le monde virtuel de netiic, on a l’impression de pouvoir les adopter toutes simultanément. On crée ainsi divers avenirs, diverses histoires qui se développent et bifurquent.
Je suis convaincu que si Borges était encore parmi nous, il considérerait netiic comme la matérialisation contemporaine d’un jardin aux sentiers qui bifurquent.

Malgré tout, le chat possède ses limites. Comment ressentir la personne sans la toucher, la regarder, la sentir, la voir évoluer? En faisant la part belle à l’écrit, l’intellect, le virtuel coupe des sensations, de toute la dimension humide, chaude, cachée de la personnalité. Que sont devenus les signes classiques de la séduction? Sans l’aide des intonations de la voix, du regard aux pupilles dilatées, du vocabulaire des petits gestes, de l’influence clandestine des odeurs, de la réaction du grain de la peau au toucher, à quels signes se fier?
Vivre ce moment mystérieux, moment de bascule où l’on sent que quelque chose est possible. Moment de vérité, moment intime, où le contact est direct, où les âmes se touchent. Moment de création aussi; où l’on sent que quelque chose est en train de naître. Moment de la rencontre dans le monde réel.
Par thomas dellart
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  • Avec ce premier roman, Thomas Dellart livre une reflexion personnelle à la fois drôle et cynique sur le management actuel et la recherche amoureuse.

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